Céu

Biographie
Céu

Un des défis constants auxquels les artistes doivent faire face, c’est celui de savoir se renouveler ; mais cela ne semble pas poser de problème à Céu, la chanteuse brésilienne. Après un vrai bijou de premier album éponyme, elle nous avait offert le très dub Vagarosa, puis le road-trip musical de Caravana Sereia Bloom. L’an dernier, c’était un live magnifique, et voilà qu’elle propose avec Tropix (Six Degrees Records) un album où le rythme prend toute sa place.

À la recherche d’un album plus pêchu, emmené par le rythme, elle a demandé un coup de pouce au Français Hervé Salters, alias General Elektriks, qui a fait ses armes au clavier avec Femi Kuti et en jouant avec Blackalicious et Lyrics Born. Elle est aussi allée chercher Pupillo, le batteur de Naçao Zumbi, un groupe brésilien établi de longue date. Pupillo est un des producteurs les plus demandés du pays.

Pour Céu, c’était un rêve qui se réalisait. Ils ont su traduire sa vision dans Tropix, dont le titre est un mot-valise qui combine « tropical » et « pixel ».

« Je ne saurais dire comment, mais le pixel est devenu ma source d’inspiration. Un pixel, c’est une petite partie de quelque chose de plus grand, la défragmentation comme concept. Voilà pourquoi on a utilisé beaucoup d’arpégiateur sur cet album, pour capturer ce son. »

Grâce à Salters et sa maîtrise des claviers, Céu a su, une fois de plus, se réinventer un son. Elle ne s’est jamais définie comme pure artiste électro ; ses goûts cosmopolites combinés à l’amour profond qu’elle porte aux musiques traditionnelles brésiliennes illuminent chacun de ses albums. Tropix ne déroge pas à la règle ; les sons électroniques ne font qu’ajouter au foisonnement naturel de son style unique.

Ce style est né dans le bain de musique dans lequel elle a grandi. Son père, musicologue et compositeur, lui a fait découvrir un éventail d’expressions musicales: la root samba, l’afrobeat, le reggae, le jazz… Céu s’est ensuite passionnée pour la musique de Billie Holiday, d’Erykah Badu et Ella Fitzgerald. Lorsqu’elle compose, elle pioche dans tout ce qui peut lui servir pour se créer un répertoire sonore singulier. La chanteuse de São Paulo a reçu quatre nominations aux Grammy, et a su atteindre les sommets des charts à plusieurs reprises, faisant preuve de son talent pour écrire des chansons qui séduisent immédiatement, et qui plaisent dans la durée.

C’est à l’arpégiateur que revient l’honneur d’ouvrir l’album, avec une ligne subtile qui vient porter la mélodie de Céu sur « Perfume do Invisível ». Dans cette chanson inspirée d’une BD de l’Italien Milo Manara, une femme raconte à une autre ce qu’elle ferait si elle était invisible. Manara s’est fait un art de fusionner le populaire et l’imaginaire ; il a travaillé avec Federico Fellini et signé des couvertures pour Marvel, même si c’est pour ses dessins érotiques inoubliables qu’il est le plus connu.

Sur « Arrastarte-Ei », c’est le beat qui mène la chanson. Elle chemine le long d’une ligne de basse de Lucas Martin avant de gagner l’ampleur d’une rythmique à la Questlove. Encore une fois, la poésie de Céu s’envole dans le fantastique. « C’est une chanson d’amour, » dit-elle, « qui dit comment je peux devenir océan lorsque celui que j’aime rentre de voyage ».

Le rôle central donné aux claviers et l’absence parfois de guitares, pourtant au cœur du répertoire de Céu, permettent à Tropix de jouer de manière inédite avec l’imagination de ceux qui l’écoutent. « Varanda Suspensa », très pop, évoque la terrasse donnant sur une plage de São Paulo où Céu a passé des heures, enfant, assise « auprès de mon grand-père, à regarder le paysage prendre les couleurs d’un tableau expressionniste tropical. »

Il y a des guitares, tout de même. C’est d’ailleurs une guitare qui lance la belle reprise de Fellini, un groupe post-punk de São-Paulo : « Chico Buarque Song ». L’original de 1989 rendait hommage au chanteur, écrivain et critique légendaire, dans une frénésie qui rappellait fortement Joy Division. Céu, elle, prend appui sur le groove pour recréer un son très 80s avec un synthé bien amené, et chante dans un anglais de miel sur ces explosions harmoniques.

Son côté psychédélique s’exprime pleinement sur « Camadas », chanson co-écrite avec un membre de Boogarins, un groupe de rock de Goiânia. Ils ont créé un paysage sonore à la Portishead, sur lequel flottent des violons tandis que Céu chante un amour effervescent ; « Pour te dire qui je suis / Je ne veux pas avoir à devenir une autre / Je suis faite de strates multiples. »

C’est cette complexité qui attire tant de fans, partout dans le monde. Née avec un amour passionné pour les musiques et les cultures du monde entier, Cédu s’est imprégnée de toutes, et les retranscrit par sa voix, une des voix les plus singulières du 21e siècle. Tropix, c’est l’œuvre époustouflante d’une femme qui ne connaît vraiment pas de frontières.