Robin McKelle

Biographie
Robin McKelle

« Le titre représente l’idée conductrice de ce projet, comme une peinture où l’on utilise plusieurs teintes et trames. Et où, en tant que chanteuse, comme je le fais en live, je peux jouer sur différentes textures. » La référence à la scène n’est pas fortuite, le projet Melodic Canvas est né peu de temps après une tournée de Robin McKelle aux Etats-Unis dans un contexte jazz. « J’ai été sollicité par le pianiste Danilo Perez (membre du Wayne Shorter Quartet depuis plusieurs années) pour être la voix d’un groupe où figuraient aussi Ben Street (basse), Avishai Cohen (trompette)… C’était inattendu, je n’avais plus chanté dans cet environnement depuis longtemps. J’ai retrouvé le plaisir du risque, de l’improvisation. Ces musiciens vous poussent à repousser vos limites. » Un tournant dans le parcours de la chanteuse : « Je suis sortie de cette expérience avec plein d’idées, l’impression de ne pas avoir exploité tout mon potentiel. »

Après plusieurs albums teintés de soul et de blues, Robin McKelle a donc choisi de revenir à une esthétique acoustique, plutôt minimaliste, avec le plus souvent pour accompagnement un piano, une guitare, des percussions, et pas de batterie. Un contexte inhabituel, où l’artiste s’est délibérément retrouvée « sans filet ». Saluée pour ses qualités de performer, notamment dans le rhythm’n’blues, de par ses influences – Nina Simone, Gladys Knight, Aretha Franklin…-, et sa voix de contralto puissante et expressive, on la (re) découvre ici dans une session plus personnelle, sensible et nuancée, mais toujours soulful.

Il y aura un avant et un après Melodic Canvas dans la carrière de la chanteuse qui s’y dévoile plus qu’elle ne l’a jamais fait. « La configuration du groupe implique une forme d’exposition plus grande. Les mélodies sont primordiales, mais les arrangements me laissent une grande liberté. C’est ce que je souhaitais. » Pour cette « mise à nu artistique », Robin McKelle n’a rien laissé au hasard. Si cet enregistrement s’annonçait à ce point personnel, qui mieux qu’elle pourrait en assumer la direction ? « Quand on s’en remet à un producteur, on accepte – même si on les discute – ses points de vue. Là, je sentais qu’il fallait que tout soit réuni. J’ai donc décidé de produire Melodic Canvas pour aboutir ces idées qui étaient en moi depuis des mois. » Robin McKelle a tout pris à son compte, de l’écriture de la plupart des chansons, jusqu’à la couverture de l’album.

Son retour au jazz s’opère sans délaisser ce groove qui la caractérise : les thèmes choisis ou écris de sa main, mettent en valeur la chanteuse dont on découvre de nouvelles facettes, une sensibilité au service de la mélodie et une musicalité qui lui permet d’interagir avec ses partenaires, comme une instrumentiste. Autour d’elle, un groupe de premier plan : Marvin Sewell et Al Street (guitares), Vicente Archer (basse), Shedrick Mitchell (piano et orgue), Daniel Sadownick (percussions) et Chris Potter (saxophones) en Special Guest. « Avec eux, et sans batteur, j’ai l’impression d’avoir franchi un pas vers une plus grande confiance et une plus grande liberté. Souvent, je me suis dit : « C’est assez, tu n’as pas à en faire plus ». » Une sobriété dans le chant, qui va de pair avec un travail sur les détails, et une forme de lâcher-prise. « Quelque part, c’est un album où je ne cherche plus à prouver aux autres ce dont je suis capable, ou ce que je suis. Cette session est authentique, dépouillée. Comme si j’avais passé un cap, celui de l’acceptation de soi. Et je le dois beaucoup à la cohabitation avec ces grands musiciens. » Sur deux titres, les covers du traditionnel « Swing Low, Sweet Chariot » et du « Yes We Can Can » d’Allen Toussaint, la chanteuse est rejointe par un ensemble gospel de cinq voix, The Piano Man’s Choir. Pour la première fois, elle s’essaye aussi au Français sur le « Il est mort le soleil » d’Hubert Giraud et Pierre Delanoé, en version anglaise (« The Sun Died ») et en V.F., après Nicoletta et Ray Charles : « Je me devais de chanter en français. Ce pays m’a tellement donnée depuis dix ans… Même si la langue est difficile à maitriser musicalement. »

Après Introducing Robin McKelle (2006), Modern Antique (2008), deux sessions swing, en big band, Robin McKelle avait enregistré Mess Around (2010), avec des thèmes empruntés à Leonard Cohen, Doc Pomus, Willie Dixon ou les Beatles, puis Soul Flower (2012) avec des duos avec Lee Fields et Gregory Porter, puis Heart Of Memphis (2014), en mode vintage, et enfin The Looking Glass (2016), un peu plus pop : logiquement, la chanteuse avait été associée à un style soul. « C’est comme ça, j’aime cette musique, je l’adore, mais je suis aussi attirée par d’autres registres et je vis dans mon époque. L’actualité nous interpelle tous les jours. Pour Melodic Cavas, j’ai écrit des chansons comme « Do You Believe » pour interroger notre rapport à la foi, « Lyla » pour évoquer le comportement des plus jeunes sur les réseaux sociaux, les réactions impulsives, la haine qui s’y déverse, et la solitude derrière tout cela. Ou « Simple Man », qui parle d’un migrant. Je tenais à aborder ce sujet : mes grands-parents étaient des migrants. Je ne serais pas là sans eux. Et L’Amérique est peuplée de gens de tant d’origines diverses… Puis une chanson comme « Come To Me », plus sexy, je ne l’aurais peut-être pas assumée il y a quelques années… » « The New » Robin McKelle, si…

 


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