Patricia Barber

Biographie
Patricia Barber

Dès ses débuts en tant que leader d’un trio jazz dans les petits clubs de Chicago, Patricia Barber a été l’objet de commentaires élogieux. Les premières louanges vinrent de la part des journalistes de la région, impressionnés par ses arrangements uniques et ses improvisations au piano. Dès lors qu’elle se mit à chanter, les compliments vinrent de tout le pays. Et lorsqu’elle se concentra (après des années de tournées internationales) sur ses compositions personnelles, c’est une pluie de lauriers qui lui vint de ses fans, ébahis par ses textes percutants et très imagés.

Patricia Barber ne se considère pas comme une poète, pas plus qu’elle ne s’imaginait devenir pianiste de jazz. Dès lors, ce début de carrière fulgurant était inespéré.

Dans Poetry Magazine en 2005, Patricia Barber écrit : « Je compose des chansons, ce n’est pas la même chose que de la poésie. La poésie est une passion, elle est une source d’inspiration au quotidien. Je ne peux pas parler de poésie, mais je la connais bien. Je l’ai étudiée, seule, méthodiquement. Mais pour moi, l’art ne se crée pas de manière méthodique. De même que la musique, la poésie se crée par la parole, par les sons, et dans l’air environnant ».

Voici une explication très nuancée ; ce n’est pas un hasard : le succès éclatant de Patricia Barber réside cet art des nuances, des détails. Lorsque l’auteur Don Heckman (dans le Los Angeles Times) surnomma Patricia Barber « l’une des chanteuses de jazz les plus singulières à venir dans les prochaines années », il ne faisait pas référence à la virtuosité parfois un peu facile que l’on peut voir apparaître chez les artistes de jazz actuels ; il pensait à l’audace sereine avec laquelle Barber redéfinissait le rôle du chanteur-compositeur de ce XXIème siècle.

Née dans la banlieue de Chicago, Patricia Barber vient à la musique naturellement. Son père, Floyd « Shim » Barber, était saxophoniste et avait travaillé avec l’orchestre de Glenn Miller. L’instrument a rapidement séduit Patricia : « lorsqu’il jouait de la musique à la maison, je mettais ma main dans le pavillon de son saxophone pour ressentir les vibratoins ». Elle pratique le piano classique dès l’âge de 6 ans, mais lorsqu’elle obtient son baccalauréat à South Sioux City, dans l’Iowa (où sa famille s’installera au milieu des années 60 après la disparition de son père), Barber s’était totalement dévolue au jazz. « J’avais cette musique en tête à longueur de journée », se souviendra-t-elle des années plus tard. « Mais j’étais tellement persuadée que devenir musiciens de jazz était une chose stupide lorsqu’on est une femme (un femme intelligente, du moins), que j’ai longtemps résisté à la tentation ».

Patricia Barber s’inscrit à l’Université de l’Iowa avec une double spécialité en musique classique et en psychologie, tout en continuant à dévorer nombre de livres (habitude qu’elle a prise dès l’enfance). Mais la tentation de s’adonner au jazz devient de plus en plus forte, si bien qu’une fois diplômée, elle décide finalement de suivre les traces de son père. Elle retourne alors à Chicago, et en 1984, elle décroche l’engagement qui la propulsera (elle, ainsi que le lieu où elle jouait) sur le plan international : 5 nuits par semaine dans le petit bar Gold Star Sardine (60 personnes maximum !).

Bien vite, sa réputation dépasse les limites de Chicago, suite aux réactions enthousiastes à ses concerts, au Chicago Jazz Festival (1988) et au North Sea Jazz Festival (Pays-Bas, 1989), jusqu’à atteindre un paroxisme avec la sortie de son premier album « A Distortion Of Love » en 1992. 2 ans plus tard sort « Café Blue », son premier album pour le petit label Premonition ; elle travaille alors avec Michael Friedman. Patricia Barber obtient des critiques élogieuses de tout le pays, ce qui deviendra monnaie courant à chaque nouvel album.

A peu près au même moment, elle débute une collaboration de longue durée avec le légendaire Green Mill (ayant d’abord appartenu à l’un des lieutenants d’Al Capone, il est aujourd’hui considéré comme l’un des hauts lieux du jazz de la ville) ; lorsqu’elle n’est pas en tournée, Patricia Barber y joue, encore aujourd’hui, tous les lundi soirs. Et, toujours étudiante, elle retourne à l’université du Northwestern au milieu des années 90 pour obtenir son master en pédagogie du jazz. Elle donne aujourd’hui régulièrement des cours un peu partout.

Les deux premiers albums de Patricia Barber pour Premonition font d’ele une star internationale : malgré la petite taille du label, elle vend plus de 120 000 exemplaires de « Modern Cool », et plus encore de l’album suivant, « Nightclub », ce qui lui attire les faveurs de Blue Note. En 1999, le prestigieux label distribue ses disques dans le cadre d’un partenariat unique, une première dans l’histoire de ce label, alors vieux de 6 décennies. En 2002, Barber signe un contrat d’exclusivité avec Blue Note et enregistre 3 albums, dont « Mythologies », dont le répertoire est basé sur les écrits de l’ancien poète romain Ovid. Le projet est supporté par la Guggenheim Fellowship, qui récompense pour la première fois une artiste ne provenant pas de la musique classique.

Depuis, Patricia Barber s’est fait une place dans l’histoire du jazz moderne. Parmi ses contemporaines, seule Cassandra Wilson a réussi a créer une alchimie comparable entre anciens et nouveaux standards ; et seule Diana Krall est capable de distiller une ambiance similaire dans sa musique à celle que Barber peut développer. Récemment, elle a sorti 2 volumes d’un live enregistré au Green Mill, disponibles sur son propre label.

Aujourd’hui, avec « Smash », son premier album sur Concord Jazz (à paraître le 22 janvier 2013), Patricia Barber prouve sa capacité à écrire des textes de plus en plus profonds, de même que sa propension à rendre sa musique toujours plus magique.


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