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Sullivan Fortner

Biographie
Sullivan Fortner

Après avoir obtenu une reconnaissance internationale pour son rôle dans les formations de Roy Hargrove, d’Etienne Charles, de Christian Scott et de Stefon Harris, le pianiste originaire de la Nouvelle-Orléans Sullivan Fortner sort « Aria », son premier album solo qui marque également ses débuts sur Impulse Records !. Produit par Jean-Philippe Allard et Brian Bacchus, « Aria » met en évidence tant ses talents de compositeur que ses qualités d’interprète.

Sur « Aria », Sullivan Fortner est à la tête d’un groupe fabuleux avec Joe Dyson, Jr à la batterie, Aidan Caroll à la basse et Tivon Pennicott au saxo ténor et soprano. Ensemble, ils donnent naissance à un son dont la richesse laisse deviner des années de collaboration. « Je ne voulais pas que le disque sonne comme un album solo. Je voulais qu’il sonne comme celui d’un véritable groupe », explique le pianiste.

L’album s’ouvre sur « Aria », la chanson qui lui donne son titre, une composition originale que Sullivan Fortner entame en pianotant un motif répétitif et dansant qui évoque Steve Reich mais que la section rythmique tire du côté du latin jazz. A la fin d’un magnifique solo de soprano de Tivon Pennicott, Sullivan Fortner nous montre tous ses talents d’improvisateur dans des passages aussi complexes sur le plan harmonique que rythmique. Pour l’anecdote, « Aria » fait partie d’une suite en six mouvements, « Expansions : Suite in ‘B’ for Jazz Quintet », que la New York City’s Jazz Gallery a commandée au pianiste.

Sur « Aria », Sullivan Fortner et son groupe interprètent d’ailleurs trois autres compositions tirées de cette suite : « Parade », dont la mélodie enjouée et la complexité rythmique laissent transparaître l’amour de l’artiste pour Thelonious Monk ; le sautillant « Passepied », morceau influencé par les explorations menées par le pianiste dans le domaine de la musique baroque et tout particulièrement par les suites françaises de Bach ; enfin, « Finale » et son rythme langoureux.

Parmi les autres compositions originales présentes sur « Aria » figure également « Ballade », morceau plein d’une délicatesse nonchalante que le pianiste dédie à sa mère, Cynthia Fortner. Sans même parler des parties étourdissantes de Tivon Pennicott au saxophone ténor, cette ballade brille par la justesse incroyable du jeu de Sullivan Fortner et son sens inné de la mélodie.

Le choix des reprises donne quant à lui un aperçu des influences du pianiste. Sa passion pour Monk est une nouvelle fois évidente dans son interprétation d’ « I Mean You ». En prenant à leur compte les rythmes et mélodies du morceau, Joe Dyson, Jr et Aidan Carroll permettent à Sullivan Fortner et à Tivon Pennicott de donner libre cours à leur inventivité au fil d’improvisations débridées.

Une relecture enjouée de « You Are Special » de Fred Rogers, un morceau que le compositeur chantait régulièrement dans son émission pour enfants sur PBS, « Mister Rogers’ Neighborood » donne à Sullivan Fortner l’occasion de se replonger dans son enfance. « Quand j’étais gamin, je regardais cette émission et j’étais fasciné par la musique, particulièrement par le pianiste », se rappelle-t-il. L’idée de remettre ce titre au goût du jour lui est venue lors du Lafayette Summer Music Jazz Workshop quand le saxophoniste John Ellis proposa de le reprendre.

Avec sa reprise d’« All The Things You Are », le standard de Jerome Kern et d’Oscar Hammerstein, Sullivan Fortner rend un hommage plein de tendresse au regretté Cedar Walton, pianiste dont il a été l’élève. Son interprétation du morceau, avec ses arrangements fantasques et ses accents latins, fait immanquablement penser à la version qu’en donna Cedar Walton avec le pianiste Barry Harris en juin 2013 au Lincoln Center – quelques mois à peine avant de disparaître. Sullivan Fortner rend également hommage au trompettiste Roy Hargrove dont il a été le compagnon de route, avec une version tout en subtilité de la ballade de Duke Pearson « You Know I Care », sorti en 1966.

Son choix d’interpréter seul au piano « For All We Know », ballade de J. Fred Coots et Sam M. Lewis sortie en 1934, n’est pas sans rapport avec les conditions exceptionnelles dont il a bénéficié pour ses débuts en tant qu’artiste solo. « Je me suis dit que je n’aurais peut-être pas d’autre occasion d’enregistrer pour Impulse !, alors j’ai décidé d’en profiter au maximum », explique-t-il en éclatant de rire. Ses extraordinaires talents de pianiste, d’improvisateur, de compositeur et d’arrangeur rendent cependant peu probable qu’« Aria » marque la fin de son aventure sur le Impulse !. Il est bien plus vraisemblable que cet album ne soit que l’acte de naissance d’une collaboration au long cours entre un label mythique et un pianiste d’exception.