Chris Potter

Biographie
Chris Potter

Chris Potter, l’un des saxophonistes les plus talentueux de sa génération, continue à repousser les frontières de la musique sur « Underground », son onzième album. Ce disque fait suite à « Lift : Live at the Village Vanguard » sorti en 2004. Trouvant un point d’équilibre entre composition et improvisation débridée, « Underground » témoigne de la formidable entente existant entre Potter, le guitariste Wayne Krantz, le pianiste Craig Taborn et le batteur Nate Smith.

“J’adore jouer avec eux”, souligne Potter, “Nous venons d’horizons différents, mais nous nous entendons à la perfection quand nous travaillons ensemble ».

En la personne de Krantz, Potter s’est offert l’un des jeux de guitare les plus originaux de notre époque. Krantz a mis son approche rythmique de la guitare au service de Steely Dan sur leur tournée de 1996. Il a également joué un rôle prépondérant dans les formations de Michael Brecker, Billy Cobham, Victor Bailey et Leni Stern. On retrouve son travail unique sur six albums enregistrés en solo. Né à Detroit, pianiste et organiste virtuose, Taborn a travaillé avec des musiciens tels que James Carter, Tim Berne, Mat Maneri, Dave Douglas, Bill Laswell, Susie Ibarra, Steve Coleman et Drew Gress. Il a également enregistré trois albums solos. Originaire de Norfolk en Virginie, le batteur Nate Smith s’est fait remarqué  dans la section rythmique de la légendaire Betty Carter, avant de rejoindre le Dave Holland Quintet en 2003.

Après la sortie de “Lift” (sur lequel on retrouvait le clavier Kevin Hays, le bassiste Scott Colley et le batteur Bill Stewart), Potter s’est produit avec diverses formations lors de concerts donnés au 55 bar de New York, un club intimiste de Greenwich Village, terrain d’expérimentation pour beaucoup de jazzmen locaux. Il tomba finalement sur la combinaison gagnante : Krantz, Taborn et Smith. « J’ai joué avec un grand nombre de gens, jusqu’à ce qu’un beau jour je me dise : « C’est le groupe que je cherche ».

« La force rythmique de Wayne est l’une des principales qualités de son jeu. Cela correspondait parfaitement à ce que je voulais faire avec ce groupe. La question suivante a été : basse acoustique ou électrique ? Il s’est avéré que je ne voulais ni de l’une ni de l’autre, ni d’un orgue non plus. J’ai donc engagé Craig pour jouer du piano électrique et faire de temps à autres les lignes de basse à la main gauche, chose que je l’avais vu faire lorsqu’il jouait avec Tim Berne. Enfin, Nate a commencé à jouer avec nous quand il a rejoint le groupe de Dave. Toutes les pièces étaient alors en place ».

Une tournée européenne l’année dernière leur permit de développer une extraordinaire complicité avant de se rendre en studio pour enregistrer. Sur « Underground », le quartet passe subtilement de phases puissantes sous-tendues par la rythmique puissante de Smith et de lignes contrapuntiques exécutées avec précision, à des passages plus libres où les musiciens s’adonnent à l’exploration. « Je m’étais fixé une ligne de conduite que j’ai essayé de respecter lorsque j’écrivais pour le groupe, mais à laquelle j’ai manqué un certain nombre de fois », souligne Potter. « J’ai essayé de composer le strict minimum et d’exploiter ce matériel de toutes les manières possibles ».

Potter ajoute que le défi qu’il s’était fixé pour ce projet hautement interactif était de composer des morceaux dans lesquels la liberté ferait partie intégrante de la forme. « L’idée était de posséder suffisamment d’informations au départ pour pouvoir créer une certaine unité et instaurer une ambiance spécifique. Mais je voulais que l’on évolue librement, que l’on ne s’impose pas une voie unique. Le défi était de trouver un équilibre entre ce qu’on définit clairement à l’avance et ce qu’on laisse à déterminer. J’aime à croire qu’une bonne partie de l’album résulte d’un processus de composition spontanée entre les membres du groupe. Bien sûr, il existe des thèmes invariants mais le simple fait de s’écouter les uns les autres, d’être placé dans des situations nouvelles, de trouver de nouvelles idées fait que nous empruntons de nouvelles directions tous les soirs. Pour moi, c’est ça le jazz ».

« Next Best Western », le titre qui ouvre l’album, témoigne parfaitement du modus operandi de Potter sur « Underground ». Rappelant par son funk débridé les expérimentations de Steve Coleman et de son Five Elements Band, ce titre s’articule autour de la dynamique insufflée par la frappe lourde de Smith et par la ligne de basse esquissée à la main gauche par Taborn, Potter et Krantz entremêlant à cette rythmique syncopé des lignes jouées à l’unisson. « J’ai essayé de me restreindre et de n’écrire qu’une page pour toute la chanson. Différents thèmes apparaissent et disparaissent au cours du morceau, mais le matériau de base reste sensiblement le même. Une bonne partie des titres de l’album procède de la sorte : un nombre restreint d’idées dont nous tentons d’explorer les différentes potentialités ». Potter délivre au cours de ce morceau un solo particulièrement audacieux, tandis que Krantz et Smith jettent de l’huile sur le feu en se lançant également dans des solos.

Ensemble, ils parviennent à réaliser le grand écart entre composition et improvisation, comme sur « Nudnik » où les passages savamment construit et les lignes jouées à l’unisson se métamorphosent en parties plus libres et rêveuses ou en échauffourées soniques. La remarque vaut également pour le dynamique « Big Top », morceau où, accompagné des fulgurances de Krantz, du jeu chaud et expressif de Taborn au Fender Rhodes et de l’énergie de Smith, Potter livre une partie de saxo ténor unique.

« The Wheel » est une escapade enjouée reposant sur la répétition d’un unique motif. « Pour ce morceau, j’ai pensé à la manière dont, dans la musique indienne, le joueur de sarod se cantonne souvent à répéter le même motif tandis que le joueur de tabla donne libre cours à son imagination » explique Potter. « C’est ce genre de structure que je voulais, une partie qui se répète sur la durée et qui fait monter l’intensité. En concert, c’est parfait pour improviser ».

« Celestial Nomad », ballade pensive aux arrangements discrets, contraste avec la tonalité groovy qui prédomine sur « Underground ». Quant au titre éponyme, il se développe progressivement durant onze minutes, le groupe se frayant un chemin à travers des passages écrits à l’avance, délivrant ça et là de brillants solos.

Sur le reste d’ « Underground », Potter et sa formation s’adonnent à une relecture évocatrice de « Morning Bell » de Radiohead, transforment le « Lotus Blossom » de Billy Strayhorn en une méditation apaisante et réécrivent les harmonies de « Yesterday » des Beatles. « Je voulais modifier les harmonies de cette chanson tout en conservant son atmosphère nostalgique », souligne Potter à propos de ce titre qui finit l’album. « C’était une manière de terminer l’album en lui donnant une cohésion ».

Confrontée à la question de savoir où se situe « Underground » en terme de style, Potter livre son opinion : « Bien que les rythmes puissent paraître plutôt funk et en dépit de la sonorité électrique de l’album, je pense que l’important réside bien plutôt dans le caractère improvisé de la musique. Elle repose beaucoup sur la communication et la compréhension entre les musiciens. Ca se rapproche énormément d’une prestation scénique, tout comme ces disques de jazz que nous connaissons tous par cœur et que nous adorons ».


Évènements