Biographie

Récompensé récemment par le GRAMMY Award du Meilleur album instrumental de jazz
pour Southern Nights, Sullivan Fortner s’est imposé au fil des années comme une figure
incontournable du jazz contemporain. Collaborateur de Samara Joy, Cécile McLorin
Salvant, Wynton Marsalis, John Scofield ou encore Paul Simon, il poursuit ici une quête
musicale singulière, nourrie autant par la tradition que par une curiosité constante pour de
nouvelles formes sonores. Le critique Fred Kaplan le décrivait comme « l’un des meilleurs
pianistes de jazz en activité » ; Leave That In There en apporte une nouvelle démonstration.

Produit par Derrick Hodge, l’album marque également une étape importante dans la
trajectoire du pianiste puisqu’il s’agit du premier enregistrement studio réalisé avec son trio
régulier, composé du contrebassiste Tyrone Allen II et du batteur Kayvon Gordon. Forgé
au fil des concerts et des années de complicité musicale, cet ensemble atteint ici une rare
maturité. Leur interaction, à la fois précise et spontanée, permet aux compositions de Fortner
de respirer pleinement et laisse une large place à l’inattendu, à l’écoute mutuelle et à
l’improvisation collective.

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Le titre de l’album, Leave That In There, est emprunté à une phrase entendue dans le
documentaire When the Levees Broke de Spike Lee consacré aux conséquences de
l’ouragan Katrina. Une expression qui résonne profondément chez Fortner et devient le fil
conducteur d’un disque traversé par les thèmes de la résilience, du deuil, de la transmission
et de la survie. Plus qu’un simple recueil de compositions, l’album se présente comme un
réseau de connexions internes où des motifs, des souvenirs et des références se répondent
d’un morceau à l’autre, dessinant une œuvre cohérente et profondément autobiographique.
Dès l’ouverture, « Sugarcane » expose les fondations de cet univers. Inspiré à la fois par les
souvenirs d’enfance du pianiste et par l’histoire complexe de la Louisiane, le morceau mêle
percussions Bàtá, marimba, textures électroniques et piano acoustique dans une
architecture rythmique foisonnante. Derrière son énergie se dessinent les récits du travail,
des migrations et des résistances qui ont façonné le Sud américain. Les thèmes introduits ici
irriguent l’ensemble du disque, comme autant de racines souterraines reliant les différentes
compositions.

Au fil des morceaux, Fortner explore les multiples facettes de son langage musical. « Que
Diablos », premier extrait de l’album, déploie une atmosphère contemplative et suspendue.
« Swirl » rend hommage à l’esprit aventureux de Thelonious Monk à travers une écriture
libre et imprévisible. Avec « A Hymn for Linda », le pianiste signe l’un des moments les plus
émouvants du disque, une méditation lumineuse dédiée à la mémoire de Mama Payne. Plus
loin, « Aria II » revisite certains éléments de Aria, son premier album paru en 2015, illustrant
cette volonté constante de faire dialoguer les différentes périodes de son œuvre.

L’unique reprise du projet, « Number 3 », est une valse rapide composée par Lawrence
Williams et rend hommage à Marcus Belgrave, figure majeure du jazz de Detroit que
Fortner a côtoyée durant ses années d’études à Oberlin. Fidèle à l’esprit de l’album, cette
relecture s’inscrit moins dans une démarche nostalgique que dans une réflexion sur la
transmission et les filiations musicales qui nourrissent son parcours.

Naviguant librement entre trio acoustique, orgue Hammond B3, synthétiseurs, marimba et
percussions traditionnelles, Leave That In There élargit les possibilités du format piano-trio
tout en approfondissant les thèmes qui traversent l’œuvre de Sullivan Fortner depuis ses
débuts. À la fois intime et ambitieux, ancré dans une histoire personnelle mais ouvert sur des
horizons plus vastes, l’album apparaît comme une synthèse magistrale de son univers : un
collage sonore vivant où chaque morceau éclaire un fragment de mémoire et où chaque
improvisation ouvre un nouveau chemin. Avec Leave That In There, Sullivan Fortner signe
l’une de ses œuvres les plus accomplies et confirme sa place parmi les voix les plus
singulières du jazz contemporain.

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